Mise en ligne le 23 novembre 2004
mise à jour le 19 juin 2010
Une institution, à quoi cela sert-il ?
Certaines questions semblent si évidentes qu'elles ne sont presque jamais posées.
Un succès à vous rendre jaloux dans une économie
morose.
Postulons
que les personnes âgées souhaiteraient finir leurs jours à domicile.
Alors, pourquoi le placement en institution connaît-il un succès croissant ?
Au point que l’on
construit toujours de nouveaux lieux collectifs de vie.
L’institution
permet le rassemblement des moyens humains, architecturaux et matériels dans
une optique de rentabilité qui fixe
les limites du maintien à domicile lorsque les soins de base et les
soins techniques deviennent trop onéreux ou bien impossibles à assumer par les
aidants "naturels". Cette dernière hypothèse a un coût car elle
nécessite une
surveillance permanente et rapprochée du malade, y compris
nocturne.
Ce
regroupement a des incidences sur la sécurité
qui peut être améliorée par rapport au domicile : par exemple pour la
détection souvent plus précoce d’une chute avec impossibilité de se relever.
Dans ce cas, la possibilité de relever la personne n'est pas toujours possible
du fait de la faiblesse physique d'un aidant âgé. Les troubles psycho-comportementaux des démences représentent un défi majeur à
domicile pour les aidants. En termes de sécurité, l’existence d’institutions
fermées limite le risque de fugues ou d'errance liée à la désorientation.
Après
l’entrée en institution, l’éloignement des aidants naturels permet à ceux-ci
de récupérer une
santé relative malgré la culpabilité liée à la séparation toujours douloureuse.
Dans les cas extrêmes, le choix pourra s’effectuer entre le décès prévisible de
l’aidant et celui de l’aidé tant la situation est difficile à domicile.
L’augmentation
des exigences de soins est un facteur qui accélère la professionnalisation des
aidants.
Dans le
même temps, la
structure de la famille, l'isolement croissant en ville et même à la campagne entraînent l’éloignement entre aidants
et aidés.
L’éclatement
géographique des familles est surtout fonction de l’offre d’emplois.
Le travail
salarié féminin est en pleine expansion dans ce secteur comme ailleurs
: en témoigne le doublement
des aides à domicile entre 1994 et 1999 dans un marché du travail fort morose.
De plus, nos entreprises de soins à domicile ou d’hébergement sont peu
susceptibles de subir des délocalisations. Une formation initiale n’y est pas
forcément exigée. La demande est donc forte.
Dans une
perspective plus négative, l’institution permet de dissimuler ce que la société ne veut pas évoquer et voir : la
vieillesse handicapée et malade ainsi que l'approche de la mort.
Alors, quelles perspectives pour l’avenir ?
L’augmentation
de la prévalence des maladies dégénératives est fort prévisible à l’horizon prochain
du mamy boom. Parmi elles, les démences demeurent préoccupantes malgré des
progrès notables dans leur prise en charge. Tout semble indiquer que ce secteur
est amené à se développer dans les prochaines années.
Gageons seulement
que les souhaits des personnes âgées seront mieux honorés :
-
par le
développement du maintien à domicile qui inclut la connaissance des facteurs de
placement en institution et leur prévention.
-
par le
développement d’institutions qui auront les moyens et la volonté de prolonger
réellement le domicile privé de la personne âgée.
La tâche
est immense.
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Bernard Pradines