mise en ligne le 30 octobre 2005

mise à jour le 3 juin 2013

Comment s’adresser à un malade présentant des troubles cognitifs sévères ?

 

Texte rédigé par l'auteur de ce site d'après les publications de Small JA. (Small JA, 2002, 2003, 2004 et 2005) ainsi que celle de Rousseau et Gatignol (Rousseau, 2013).

Small et al. étudient le langage et la communication dans la maladie d'Alzheimer en observant et évaluant sur le terrain les stratégies utilisées par les aidants. Je me suis inspiré essentiellement de ces études pour préciser notre propre attitude dans ces situations.

1. Éliminer les facteurs de distraction, par exemple la télévision ou la radio. Au mieux, le dialogue aura lieu seul à seul dans une chambre ou un bureau. Se mettre à la place du patient pour essayer de le comprendre.

2. S'approcher du patient lentement et de face, créer et maintenir un contact visuel avec le regard du malade. Pour ma part, je me place de préférence au même niveau que lui, le plus souvent en position assise. Mon visage est éclairé par la lumière. Il convient aussi que demeurer dans le champ visuel de la personne interrogée. Pour cela, il faut se situer au mieux au centre du champ visuel présumé. En effet, le rétrécissement du champ visuel se combine souvent aux difficultés de rotation du rachis cervical. Lorsque le patient est alité, il convient de veiller à ce qu'une oreille ne soit pas obstruée par l'oreiller ou par le traversin. En cas de troubles de la reconnaissance des visages, relier la personne non reconnue en la situant dans l'histoire du patient, en précisant, par exemple : "C'est Paul, le fils de tante Marie" (Rousseau, 2013).

3. Utiliser des phrases simples et les plus courtes possibles, comportant les mots les plus simples. Les questions positives sont mieux comprises. Par exemple : "avez-vous mal ?" plutôt que : "n'avez-vous pas mal ?" Si la personne ne comprend pas, s'aider d'un livre, d'un dessin, d'une photographie. Ne pas penser a priori que le patient est incohérent. Ne pas utiliser un langage infantilisant (Rousseau, 2013).

4. Poser une seule question ou ne donner qu'une seule instruction à la fois. En pratique attendre la réponse avant de poser une autre question.

5. Poser des questions fermées qui appellent une réponse par "oui" ou par "non". Si l'on doit recourir à des questions ouvertes, celles qui font appel à la mémoire sémantique sont mieux comprises que celles qui se rapportent à la mémoire épisodique (Small JA, 2005).

6. Répéter les messages en utilisant les mêmes mots, mot à mot, en articulant bien. Pour résumer, le langage du "prêtre dans son église" me semble opérant.

7. Reformuler les messages en utilisant des paraphrases (selon l'Encyclopædia Universalis 2004, pour notre propos, "paraphrase" : développement explicatif d'un texte, amplification verbeuse d'un texte, synonyme). Par exemple, cette situation est fréquente en cas de soupçon de dyspnée : "Êtes-vous essoufflé(e) ?", question souvent mal comprise, doit être substituée par "manquez-vous d'air" ou encore "avez-vous du mal à respirer ?"

8. Éviter d'interrompre le sujet et lui accorder tout le temps nécessaire pour répondre.

9. Encourager le sujet à approcher verbalement ou à décrire le mot qu'il est en train de chercher, encourager les circonlocutions (selon l'Encyclopædia Universalis 2004, "circonlocution" : façon de parler par périphrases, de manière indirecte. "Périphrase" : remplacement d'un mot par une expression ayant le même sens, façon d'exprimer sa pensée de manière indirecte).

10. Parler lentement. Cette attitude semble toutefois moins performante que la répétition et l’utilisation de paraphrases (Small JA, 2003).

11. Joindre le geste à la parole, par exemple en désignant du doigt une zone suspecte de douleur.

A tort ou à raison, je tente d'imiter l'accent du résident quand il en possède un, par exemple celui de Paris (chacun sait que nous n'avons aucun accent dans le Sud de la France).

Les stratégies qui ont montré selon Small une amélioration de la communication sont l'élimination des éléments de distraction et la simplification de la structure de la phrase et des questions. Ces attitudes s'apparentent aux échanges verbaux en français lorsque notre interlocuteur ne maîtrise pas notre langue (et que nous ne maîtrisons pas la sienne). A déconseiller aux personnes pressées ou impatientes.

Ces données sont un argument supplémentaire en faveur de l'EVS (échelle verbale simple) dans l'évaluation de la douleur.

Bibliographie : 

Rousseau T, Gatignol P. L'apport de l'orthophonie in : Alzheimer. Vivre avec la maladie et la comprendre. L'ESSENTIEL. Cerveau et Psycho. Février-Avril 2013.

Small J. A. Langage et communication dans la maladie d'Alzheimer in Maladie d'Alzheimer et déclin cognitif. Serdi édition, 2002, pp 141-146.

Small JA. Stratégies de communication dans la prise en charge d'un patient atteint de maladie d'Alzheimer : recommandations et mises en application. In Maladie d'Alzheimer et déclin cognitif. Recherche et pratique clinique. Volume 9. Edition Française. Serdi Edition, Springer Publishing Company, 2004, pp188-92.

Small JA, Gutman G, Makela S, Hillhouse B. Effectiveness of communication strategies used by caregivers of persons with Alzheimer's disease during activities of daily living. J Speech Lang Hear Res. 2003 Apr;46(2):353-67.

Small JA, Perry J. Do you remember? How caregivers question their spouses who have Alzheimer's disease and the impact on communication. J Speech Lang Hear Res. 2005 Feb;48(1):125-36.


Ecrivez à l'auteur : pour Bernard Pradines

Retour à la page d'accueil