dernière mise à jour le 2 juillet 2010
Résumé vidéo introductif |
A. Définitions
B. Modalités pratiques d'utilisation
C. Glossaire
D. Propositions de classification des contentions physiques par l'auteur de ce site
E. Prévalence de la contention physique au fauteuil
F. Prévalence de la contention physique au lit
G. Données de la littérature concernant la contention physique
II. Les contentions architecturales
A. Définition
B. Modalités pratiques d'utilisation
C. Commentaires
A. Définition
B. Quels médicaments sont employés ?
D. Données de la littérature concernant la contention pharmacologique
IV. Les contentions psychologiques
A. Définition
B. Modalités pratiques d'utilisation
C. Commentaires
V. Les contentions : une situation anormale qui se prolonge
Dans les pays démocratiques qui se font fort d'assurer la libre circulation des personnes, la contention, quelle que soit sa forme, pose d'énormes problèmes, inavoués et encore inavouables. Par exemple, il existe une contradiction entre la charte des personnes âgées dépendantes et le principe des contentions. Les articles 1 et 3 stipulent :
Toute personne âgée devenue
handicapée ou dépendante est libre d’exercer ses choix dans la vie quotidienne
et de déterminer son mode de vie.
Extrait de l’article 3 - Vie
sociale et culturelle :
Toute personne âgée en
situation de handicap ou de dépendance conserve la liberté de communiquer, de
se déplacer et de participer à la vie en société.
Il est possible de distinguer quatre types de contentions :
- Les contentions physiques (ou mécaniques) : elles peuvent être appliquées au fauteuil ou au lit du résident.
- Les contentions pharmacologiques (ou médicamenteuses) utilisent des psychotropes, c'est à dire des médicaments psychoactifs.
- Les contentions architecturales.
- Les contentions psychologiques.
Envisageons-les :
1. L'Encyclopédia Universalis (version DVD 2003) propose les deux définitions suivantes pour le mot "contention" :
a) immobilisation d'un malade, d'un animal, pour mieux le soigner.
b) tension intellectuelle importante.
2. Quant à lui, le dictionnaire Logos de Bordas (1976) indique l'étymologie. Ce mot vient du latin contentio = lutte. Les trois définitions proposées sont les suivantes :
a) action de maintenir en place, spécialement un os
fracturé.
b) ce qui sert à rendre immobile un animal que l'on veut ferrer ou opérer.
c) effort soutenu dans la tension de certaines facultés : la contention de l'intelligence, de la volonté.
3. Pour Nouvel F. (Nouvel F. et al. 1999), la contention consiste à restreindre, de façon plus ou moins sévère les initiatives motrices d'un individu.
4. Les recommandations de L'ANAES (Agence Nationale d'Accréditation et d'Évaluation en Santé devenue Haute Autorité de Santé) concernant les contentions (France, octobre 2000, adresse : http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/contention.pdf).
Elles proposent la définition suivante :
"La contention physique, dite passive, se caractérise par l'utilisation de tous moyens, méthodes, matériels ou vêtements qui empêchent ou limitent les capacités de mobilisation volontaire de tout ou d'une partie du corps dans le seul but d'obtenir de la sécurité pour une personne âgée qui présente un comportement estimé dangereux ou mal adapté."
Dans l'annexe 3 de ce document, deux précisions complémentaires sont apportées, relatives à la difficulté d'enlever la contention et à l'accès au corps :
"On appelle contention physique l'utilisation de toute méthode
manuelle, tout dispositif physique ou mécanique qu'un individu ne
peut ôter facilement et qui restreint sa liberté de mouvement
ainsi que l'accès à son propre
corps."
5. De son côté, le CDRH (Center for Devices and Radiologic Health), organisme dépendant de la FDA (Food and Drug Administration), indique la définition suivante (traduction par l'auteur de ce site) :
"Contention protectrice : un dispositif incluant, mais non limité, à un bracelet de poignet, un bracelet de cheville, un gilet, une mitaine, une veste droite, le maintien de l'ensemble du corps ou d'un membre, ou un autre type d'attache dont le but est médical et qui limite les mouvements du patient dans la mesure nécessaire pour effectuer le traitement, l'examen ou la protection du patient ou d'autres personnes."
6. Fromage (Fromage et al. 2003) donne la définition suivante, à notre avis la plus pertinente pour notre propos :
"L'ensemble des moyens physiques visant à retreindre partiellement ou complètement les mouvements d'une personne et qui nécessitent l'aide d'un tiers pour être enlevés. La contention suppose donc l'intervention d'un tiers à deux moments."
1. Au fauteuil, elles consistent le plus souvent en ceintures de maintien, abdominales ou pelviennes. Elles peuvent aussi être réalisées à l'aide de vestes, de gilets ou de harnais, ou bien de vêtements ou encore de draps détournés de leur utilisation habituelle. Un fauteuil à assise profonde peut être utilisé pour rendre impossible toute tentative de retour à la station debout. D’autres pratiques consistent à bloquer les repose-bras d’un fauteuil sous une table ou encore à rabattre un adaptable sur les cuisses. A son tour, le fauteuil peut être fixé de manière à ne pas être déplacé, par exemple attaché à un radiateur.
2. Au lit, ce sont surtout des barrières
de lit, mais aussi plus rarement des sangles ou ceintures abdominales. Voir en anglais
le site (possibilité de demander le catalogue) :
http://www.posey.com
. A domicile, une technique souvent employée consiste
à border étroitement le lit en plaçant le pan du drap supérieur
et d'une ou de plusieurs couvertures sous le matelas de manière suffisamment
inamovible pour immobiliser la personne alitée. Les lits de type Alzheimer, qui
peuvent être abaissés davantage que les lits habituels (sommier environ à
Pour Hélou (Hélou et al. 2006), la mise en place d'une seule barrière pour aider le patient à s'asseoir n'est pas considérée comme une contention, à condition que le lit ne soit pas placé immédiatement contre le mur opposé. Il en serait de même si la mise en place de deux barrières est souhaitée et demandée par le patient lui-même.
Pour notre part, nous utilisons les barrières pour permettre au résident s'asseoir et surtout pour lui autoriser de se tourner dans le lit. Bien sûr si le résident est d'accord avec cette mesure. Il convient toutefois d'être prudent quant à l'accord du patient qui acquiescera parfois à contre cœur avec une phrase fataliste fréquente telle que : "s'il me les faut, mettez-les" ou bien : "si l'on fait ainsi ici, faites-le."
3. Dans les deux situations décrites
ci-dessus, le patient peut subir une contention au niveau d'un ou des deux
membres supérieurs sous la forme d'une attelle ou d'un bracelet. Cette
éventualité est fréquente dans les services de soins
aigus ou bien au cours d'une affection intercurrente, le plus souvent pour
sécuriser un dispositif de perfusion intraveineuse, en particulier
périphérique. Mais la sauvegarde d'un autre dispositif motive
parfois leur emploi : sonde urinaire, sonde nasogastrique, poche de colostomie,
sonde d'intubation trachéale, sonde de trachéotomie, sonde
nasopharyngée ou lunettes nasales pour oxygénothérapie
en ventilation spontanée, pansement, suture chirurgicale, drain, lame, cathéter
veineux périphérique ou central, cathéter artériel, sonde d'entraînement électrosystolique. Leur utilisation est toujours
discutable, souvent inutile pour Leith (Leith BA, 1999). Des mitaines
ont été utilisées au cours des épisodes de prurit pour éviter
les lésions de grattage, ou encore pour éviter l'arrachage
des vêtements ou des dispositifs palliatifs utilisés dans la
prise en charge de l'incontinence urinaire et/ou
fécale.
Si l'on s'en tient à la définition de l'ANAES
d'octobre 2000 ("dispositif physique ou mécanique qu'un individu ne
peut ôter facilement et qui restreint sa liberté de mouvement
ainsi que l'accès à son propre
corps"
),
il convient d'inclure aussi les grenouillères : voir par exemple AMIBIS.
tableau 1 :
localisation anatomique de la contention physique |
modalité de contention |
justification |
| main | mitaine | éviter les lésions de grattage au cours des épisodes de prurit, éviter l'arrachage des vêtements ou des dispositifs palliatifs utilisés dans la prise en charge de l'incontinence urinaire et/ou fécale. |
| poignet | bracelet | éviter l'arrachage d'une perfusion ou d'un autre dispositif invasif (Galindo-Ciocon, 1993) (Leith et al. 1999) : sonde urinaire, sonde nasogastrique, poche de colostomie, sonde d'intubation trachéale, sonde de trachéotomie, sonde nasopharyngée ou lunettes nasales pour oxygénothérapie en ventilation spontanée, pansement, suture chirurgicale, cathéter veineux périphérique ou central. Ajoutons-y : drain, lame, cathéter artériel, sonde d'entraînement électrosystolique. |
| membre supérieur | attelles | maintien d'une perfusion intraveineuse. |
| cage thoracique | veste, gilet, ceinture abdominale placée sous les aisselles, | maintien forcé au fauteuil, maintien du buste par la veste en cas d'incapacité à maintenir la rectitude du tronc. Dans une enquête effectuée en 1998 en Australie, Retsas (Retsas et al. (2), 1998) trouve que la veste est le moyen de contention le plus utilisé en institution (25,3 % des cas parmi 2516 personnes âgées contenues par des moyens physiques). |
| latéralement sur l'ensemble du corps | barrières de lit, ridelles (au Québec), côtés de lit, | risque de chute du lit lors d'un mouvement nocturne ou d'une tentative pour se lever. Une autre justification est la demande du patient quant à son autonomie pour se mobiliser. En effet, certains résidents s'aident des barrières avec leurs membres supérieurs, en particulier pour le maintien et les retournements du corps lors des soins ou encore pour disposer des objets : commande du lit, sonnette. Cette dernière possibilité est aussi appréciée positivement par les soignants. |
| abdomen | ceinture abdominale ou drap, | maintien forcé au fauteuil. |
| pelvis | ceinture pelvienne, | maintien forcé au fauteuil, possibilité de dissimulation sous les habits, préservation de la liberté de la partie supérieure du corps, possibilité de s'aider de ce dispositif pour les transferts passifs ou assistés. |
| au-dessus des cuisses | table ou adaptable fixés ou bloqués en regard du fauteuil ou de la chaise, barre de maintien au fauteuil, butée centrale sur le siège, inclinaison postérieure de l'assise. | maintien forcé au fauteuil par impossibilité de se lever. |
| face postérieure des cuisses et creux poplités | traversin fixé dans un drap, au fauteuil, sous les genoux, | pourrait limiter le glissement (Benteyn et al. 2000) |
| chevilles | attaches sous la forme de bracelets | malade agité, en particulier en soins aigus, ou bien pour une attitude agressive utilisant les membres inférieurs |
|
toutes localisations |
attaches, courroies, bandes,
|
attaches possibles au
niveau des jambes, bras ou taille (Lejeune et al. 2000) |
| lit de type Alzheimer, |
impossibilité de se lever
du lit |
|
| grenouillère. |
éviter le déshabillage itératif et manipulation des excrétions. |
Du fait du grand nombre de publications sur ce thème en langue
anglaise, nous fournissons un court glossaire ci dessous pour faciliter leur
lecture.
tableau 2 :
En anglais (ou américain) |
En français |
| anklet | bracelet de cheville |
| armchair | fauteuil |
| bed | lit |
| bedrails | barrières de lit, ridelles (au Québec), côtés de lit |
| belt | ceinture |
| crotch | dispositif intéressant l'entrecuisse |
| elderly | personne âgée |
| death | mort, décès |
| fall | chute |
| harness | harnais |
| lap boards | barres de maintien au fauteuil |
| mechanical restraints
physical restraints |
contentions physiques |
| mitt | mitaine |
| pharmacological restraints | contentions médicamenteuses |
| psychotropic drugs
psychotropic medications |
médicaments psychotropes |
| restraints | contentions (dans ce contexte) |
| to tie down | attacher |
| seclusion | isolement |
| sheet | ici : drap |
| strap | attache |
| suit | ici : ensemble vestimentaire complet (combinaison) |
| vest | gilet |
| wandering | déambulation |
| wrist | poignet |
| wristlet | bracelet |
tableau 3 :
|
selon la volonté du patient |
contention demandée par le patient ("je veux ma ceinture") telle une ceinture de sécurité d'une automobile : contention douce ? |
|
contention acceptée par le patient ("il paraît qu'il me la faut") |
|
|
contention refusée par le patient ("enlevez moi ça !") |
|
|
selon la situation du patient |
contention au fauteuil |
|
contention au lit |
|
|
selon l'apparence de la contention |
contention sous la forme d'un dispositif apparent : ceinture, harnais... |
|
contention "déguisée" ou indirecte : lit ou fauteuil dont il est impossible de s'extraire ou de se relever. |
|
|
selon les grandes indications retenues par l'algorithme de l'ANAES en octobre 2000 (page 29) et par l'algorithme des recommandations de bonnes pratiques de soins en EHPAD en octobre 2007. |
risque de chutes (à mon avis indication excessive). Je préfère : chutes fréquentes, graves, immédiates dès le lever du fauteuil |
|
déambulation excessive (à mon avis indication excessive) |
|
|
agitation (à mon avis indication excessive) |
|
|
agressivité (à mon avis indication excessive) |
|
|
selon la situation du service de soins |
nombre insuffisant de personnels |
|
formation insuffisante des personnels, en particulier dans la méconnaissance des recommandations |
1. Evaluation dans le service de Soins de Longue Durée du Centre Hospitalier d'Albi
Nous publions ci-dessous les dernières évaluations des contentions au fauteuil dans notre service. Ces données doivent être rapprochées du pourcentage comparable de 19,3% de résidents attachés au fauteuil le 3 mars 2000. Ces données confirment l'évolution de nos pratiques.
graphique 1. Usage de la contention au fauteuil par une ceinture pelvienne le 31 octobre 2005 et le 12 juin 2008 dans le service de Soins de Longue Durée du Centre Hospitalier d'Albi.
en bleu : contenus
en violet : non contenus
rple : those who must be restrained on their armchair, blue : those who are restrained by the mean of a restraining belt.)
2. Selon l'ANAES (Agence Nationale
d'Accréditation et d'Évaluation en Santé,
référentiel d'octobre 2000 déjà cité),
en établissement de long séjour pour personnes âgées,
la prévalence de la contention variait de 19 à 84,6
%.
3. Commentaires :
Il est de bon ton de condamner toute forme de contention physique ou médicamenteuse chez les personnes âgées. Pourtant, il est plus facile d'être affirmatif sur ce point dans des conférences ou des écrits sur l'éthique que d'avoir une attitude satisfaisante sur le terrain. Cet objectif de libération de nos personnes âgées doit être d'abord poursuivi comme un idéal. En effet, si la question ne devrait pas se poser quand le patient peut déambuler, le problème est plus complexe lorsqu'il s'agit de personnes dont le simple maintien au fauteuil est malaisé et présente un risque de chute passive ou encore de chute immédiate à la moindre tentative spontanée de passage de la position assise à la position debout. Ainsi, la quasi-totalité des résidents de notre service sont "levés" ou plutôt assis au fauteuil de manière quotidienne. Une conséquence de cette politique est la nécessité d'un maintien adapté pour certains d'entre eux du fait d'une chute passive ou active immédiatement après le lever du fauteuil. Cette situation est pour nous la seule indication de la contention, au moins de manière transitoire.
La pression de la famille et des soignants va souvent dans le sens
d'attacher par peur de la chute, par objectif sécuritaire, par
culpabilité et par crainte des poursuites médico-légales.
La famille pourra nous dire : "là où elle était, on
l'attachait". Cette attitude est retrouvée par Koopmans (Koopmans
et al. 1998). Cet auteur avait envoyé un questionnaire aux familles
des résidents concernant les contentions. Une majorité de réponses préférait la sécurité pourtant
discutable à la liberté de leur parent.
Les soignants pourront s'exprimer ainsi : "on n'est pas assez nombreux pour les surveiller", "la famille veut qu'on l'attache", "la famille va nous le reprocher", "cette résidente me fait peur".
4. Eléments déterminant la prise de décision
a) La volonté de la personne âgée doit toujours être
recherchée, ce qui ne va pas encore de soi en pratique. C’est la dimension
subjective trop souvent oubliée. Notre attitude sera différente :
- si la personne âgée est en mesure de comprendre la
situation et de s’exprimer, ne supporte pas la contention et souhaite
explicitement ou implicitement prendre le risque d'une chute,
- ou à l’opposé si le dispositif est bien supporté,
voire demandé par une personne qui s'y est accoutumée et dont la présence la
rassure, comparable à une ceinture de sécurité en voiture. Aussi choquante
soit-elle en apparence, cette dernière considération n'est pas la justification
d’une réalité insupportable, mais bien un désir clairement exprimé par nombre
de personnes âgées.
b) L’aspect dynamique de la situation soit être
considéré : une personne âgée temporairement malade ou venant de subir une
intervention chirurgicale est susceptible de retrouver la marche et l’équilibre
si ces fonctions étaient auparavant conservées. Il n’en est pas de même d’une
personne parvenue aux stades avancés d’une démence déjà grevée d’un handicap
lourd apparu progressivement et sans perspective d’amélioration.
c) Toutes les
solutions de substitution doivent être envisagées, sachant que les personnes
qui reprendront une autonomie d’équilibre et de marche sont toujours exposées à
subir une chute. Dans notre expérience, cette dernière est constante avant que
la stabilité soit à nouveau retrouvée, y compris avec l’aide d’une réadaptation,
en particulier après un épisode aigu intercurrent. L’analyse des causes,
mécanismes et conséquences des chutes prend ici toute son importance.
e) Certains patients chutent sans conséquence car ils ont encore la possibilité d'amortir leur chute. D'autres tombent lourdement sans aucun réflexe parachute.
f) Le dispositif de maintien doit être spécifique, sûr, confortable et discret. Nous avons enfin réussi en 1998 à bannir le drap de lit enroulé autour du tronc du résident.
g) La contention, comme tout acte thérapeutique important doit devenir constamment d'indication médicale en accord avec les recommandations américaines (OBRA, 1987) et françaises (ANAES, 2000, format pdf). Celle-ci implique une concertation préalable avec les autres membres de l'équipe soignante et des conversations sur ce thème avec la famille du résident. Ces entretiens sont indispensables. Toute décision dans ce domaine doit être considérée comme importante et ne devrait plus être prise de façon "sauvage". Il s’agit ici d’apprécier le rapport bénéfice-risque. La contention devrait être levée aussi souvent que possible.
h) Nous proposons le tableau suivant pour analyser les facteurs favorisant ou défavorisant la contention au fauteuil :
tableau 4 :
favorisant la contention |
défavorisant la contention |
||
fauteuil (Benteyn et al. 2000)
|
assise du fauteuil | plate, glissante, trop étroite, trop large ou trop profonde, trop dure, non réglable en inclinaison : ce dernier facteur est déterminant dans le confort et la stabilité passive du résident au fauteuil. | réglable en inclinaison et en hauteur, confortable |
| coussin sur l'assise | pas de coussin ou bien présence d'un coussin inconfortable, inadapté, glissant sur l'assise. | coussin confortable, prévu spécifiquement pour cet usage, avec répartition correcte de la pression (type antiescarres à plots ou alvéoles, au mieux de type ergonomique), ne glissant pas sur l'assise. Un dispositif antiglisse entre l'assise et le coussin peut être essayé mais il existe un risque de placement inversé qui entraîne une chute. | |
| marchepied | dont la forme ne permet pas l'appui à plat des pieds, à réglage unidirectionnel, fixe en hauteur, autorisant la bascule du fauteuil en cas d'appui important du résident. | de volume régulier, réglable dans les plans de l'espace, escamotable en cas d'appui important du résident | |
| repose-bras | non réglables en hauteur, permettant la glisse du membre supérieur entre le dossier du fauteuil et le repose-bras, durs, inconfortables | réglables, confortables, ne laissant pas d'espace significatif avec le dossier du fauteuil. | |
| cale-troncs et cale-têtes | absents ou inadaptés | présents et réglables | |
| stratégie de maintien au fauteuil | égale pour tous les résidents, de durée relativement longue | adaptée à chaque résident, éventuellement de durée très courte. Un malaise est toujours possible dans les minutes suivant la mise au fauteuil. La fatigue survient parfois en quelques dizaines de minutes. | |
| personnel
|
peu nombreux, peu formé | assez nombreux, sensibilisé, formé (Bradley et al. 1995) (Middleton et al. 1999), sensible à la responsabilité éthique, ayant de la dignité du résident une notion opposée à la contention | |
| pas d'animation proposée | l'animation permet une occupation et une surveillance implicite dans l'intérêt des résidents | ||
| direction | peureuse, démagogue, incompétente, absente | formée, dynamique, présente | |
| familles | non informées des risques de la contention, absence d'objectifs de service clairement communiqués, en particulier lors de l'entrée du résident | politique ouverte, informative, non démagogique, dynamique, avec des discussions fréquentes. |
Nous indiquons ci-dessous la prévalence des barrières de lit dans notre service.
graphique 2.
Utilisation barrières de lit dans le service
le 4 décembre 2000,
le 31 octobre 2005 et le 12 juin 2008. Bien qu’en évolution
favorable, la contention au lit par des doubles barrières est encore trop fréquente.
Ci-dessous :
En blanc : deux
barrières de lit
En bleu : pas de barrière
En violet : 1 barrière
de lit
(white : those who must be restrained by two bedrails, blue : those who are never restrained by bedrails, purple : those who are retrained by one bedrail only.)



De manière plus légère, nous avons dû soigner des dermatoses de contact liées au métal des barrières.
Comme dans le domaine de l'inefficacité des contentions, il est possible d'affiner sa connaissance des accidents en consultant la banque de données "MAUDE" (Manufacturer and User Facility Device Experience Database) du CDRH (Center for Devices and Radiologic Health) de tous les accidents survenus depuis 1990 qui ont fait objet d'une signalisation aux Etats-Unis.
Entre 1985 et 2005, la FDA (Food and Drug Administration) a enregistré 691 incidents ou accidents liés aux barrières de lit aux USA. Parmi eux, 120 ont été suivis de blessures non mortelles mais 413 ont entraîné la mort du patient. La plupart des malades étaient des personnes âgées fragiles et désorientées.
Avantages
Dangers et inconvénients
http://www.fda.gov/cdrh/beds/bed_brochure.html
En France, l'AFSSAPS a publié en 2006 des recommandations concernant l'utilisation des barrières de lit.
Comment expliquer
la difficulté à supprimer les barrières de lit ou à diminuer leur usage, même
lorsqu’elles ne s’avèrent pas nécessaires ?
1. La contention physique est-elle inévitable ?
Pour Janelli (Janelli et al. 1991), bien que l'on assiste à
une diminution des contentions mécaniques et physiques en service
de long séjour, il y aura toujours quelques patients qui
nécessiteront ces
mesures.
Pour notre part, nous ne savons pas encore répondre définitivement à cette question. Nous sommes seulement convaincus qu'une diminution significative peut encore être accomplie. Plusieurs facteurs devront y contribuer dans des domaines aussi différents que la prise en charge des pathologies initiales ou intercurrentes les fauteuils utilisés ou le choix réfléchi de la liberté du résident. Dans tous les cas, une politique trop rapide pourrait entraîner une réaction qui maintiendrait le statu quo.
Les recommandations de l'ANAES d'octobre 2000 (format pdf) sont certes discutables, en particulier dans l'arbre décisionnel de la page 29. Toutefois, elles représentent à ce jour une base indispensable, particulièrement pour inventorier les alternatives à la contention physique.
2. Quelle est la prévalence des contentions physiques ?
Karlsson (Karlsson et al. 1998) relève vingt-neuf pour cent de patients avec contention physique dans les institutions suédoises étudiées par cet auteur. La contention serait moins fréquente en service chronique que dans les services de soins aigus (Bryant et coll.). A Queensland (Australie), Retsas (Retsas et al. 1997) retrouve 23,6% de patients contenus par des moyens physiques au moment de l'étude (1536 parmi 6500). Cet auteur établit une différence entre les contentions au fauteuil (ceintures de maintien : 23,7%) et les barrières de lit (38,2%). Evans fait état d'une prévalence variant de 6% à 86% (Evans et al. 1989). Castle (Castle, 2000) évoque une prévalence de 20% dans les "nursing homes", comparable à celle du Service de Soins de Longue Durée d'Albi à la même date. Le pourcentage de 32% est retrouvé par Magee (Magee et al. 1993), taux comparable à celui d'autres études au dire de cet auteur.
3.
Quelles sont les raisons
invoquées à l'origine de ces pratiques
?
a) La raison la plus souvent invoquée était la prévention des chutes dans l'étude de Retsas (Retsas et al. 1997) et dans celle de Karlsson (Karlsson et al. 1998).
Dans notre expérience, deux catégories de chutes peuvent être observées au fauteuil et au lit : les chutes passives et les chutes actives.
Au fauteuil, les chutes passives sont surtout le fait de l'inconfort ou de la fatigue qui amènent le résident à glisser sur l'assise jusqu'à une position de chute sur le repose-pied. Ainsi, dans notre expérience, le maintien trop prolongé en position assise est-il une cause importante d'inconfort amenant le résident à chuter du fauteuil, généralement par glisse progressive sur l'assise.
Les chutes actives à partir du fauteuil sont le fait de résidents qui tentent de se lever ou de marcher alors qu'ils en sont incapables. Bien davantage que les troubles sensoriels, les troubles cognitifs nous semblent responsables de cette situation.
Au lit, la chute passive est liée à la désorientation spatiale qui empêche le patient d'apprécier sa position dans le lit. La chute active se produit quand le résident manifeste la volonté de descendre du lit malgré son incapacité à tenir debout ou à marcher.
b) Pour Hantikainen (Hantikainen, 1998), ce sont la protection et la sécurité des résidents, ou encore le fait de perturber les autres résidents, ainsi que l'agitation et l'agressivité qui justifient ces mesures. Ces notions sont reprises par l'ANAES en octobre 2000 dans son algorithme de la page 29 (format pdf) et confirmées sous une forme légèrement différente dans le document de la DGAS et de la SFGG d'octobre 2007 relatif aux bonnes pratiques de soins en EHPAD pour personnes âgées dépendantes.
d) Les capacités physiques et cognitives réduites de ces patients sont invoquées par Liukkonen (Liukkonen et al. 1994).
e) Sullivan-Marx (Sullivan-Marx et al. 1999) arrive à la conclusion que les deux facteurs prédictifs de la mise sous contention physique sont une altération cognitive sévère et le risque de chute.
f) Pour Hantikainen (Hantikainen, 1998), il convient d'ajouter le manque de compétence des infirmières, ainsi que la demande des résidents, de leur famille et des médecins.
Nous reproduisons ci-dessous les facteurs explicatifs que nous avons retrouvés dans la littérature et dans notre pratique.
Eléments de justification de la contention physique ou bien corrélés avec elle |
| sécurité, protection et sécurité des résidents (nombreuses publications) |
| chutes (Magee et al. 1993) (Brungardt, 1994) (Schleenbaker et al. 1994) (Retsas (1), 1998) (Sullivan-Marx 1999) |
| agitation, agressivité (Carveth, 1995) (Brungardt, 1994) (Hantikainen, 1998), impulsivité (Schleenbaker et al. 1994) |
| perturbation des autres résidents (Hantikainen, 1998) |
| déambulation (Goldsmith et al. 1995) (Brungardt, 1994). Perturbation de l'environnement, crainte de voir la déambulation conduire le patient dément à l'épuisement, peur de la fugue et des ses conséquences médico-légales. |
| nécessité importante de soins : perfusion, transfusion, alimentation entérale ou parentérale (Perl et al. 1980) (Brungardt, 1994), soins dentaires (Shuman et al. 1996), risque d'ouverture d'une plaie suturée (Terpstra et al. 1998). |
| détérioration cognitive (Evans et al. 1989) (Magee et al. 1993) (Helmuth, 1995)(Schleenbaker et al. 1994) (Sullivan-Marx 1999) |
| demande des familles, des résidents, des médecins |
|
mouvements involontaires amples, par exemple des myoclonies risquant d'entraîner une chute du fauteuil |
| méconnaissance de la législation, absence de législation (Kapp, 1995) |
| sous-évaluation de l'impact délétère des contentions (Lee et al. 1999) |
| absence d'une autre solution (Retsas (1), 1998) |
| pas de remise en cause de la situation existante, routine (Fradkin et al. 1999) (Lee et al. 1999) (Flood, 1995) |
| résidents plus âgés (Magee et al. 1993) |
| résidents nouveaux dans l'unité (Magee et al. 1993) |
| nombre de personnes âgées et de patients confus pris en charge par l'infirmière (Helmuth, 1995) |
| nombre de personnes âgées par unité de soin (Helmuth, 1995) |
| incapacité aux transferts (Schleenbaker et al. 1994) |
| incontinence (Helmuth, 1995) |
| traumatisme crânien (Schleenbaker et al. 1994) |
| accident vasculaire cérébral (Schleenbaker et al. 1994) |
| bas niveau d'indépendance fonctionnelle : score de la MIF à l'entrée (Schleenbaker et al. 1994) |
| sexe masculin (Schleenbaker et al. 1994) |
| infirmières ayant des attitudes négatives envers les personnes âgées (sic) : (Helmuth, 1995) |
|
déni de la mort (Fromage et al. 2003) |
4.
Quelle est l'efficacité de
ces pratiques
?
Capezuti (Capezuti et al. 1998) conteste l'efficacité de la contention en terme de chutes et de blessures liées aux chutes. Des accidents d'inefficacité des contentions, parfois mortels, ont été décrits, surtout en réanimation. L'extubation ou la décanulation de la trachéotomie peuvent être à l'origine du décès du patient. Pour en savoir plus, consulter la banque de données "MAUDE" (Manufacturer and User Facility Device Experience Database) du CDRH (Center for Devices and Radiologic Health) de tous les accidents survenus depuis 1990 qui ont fait objet d'une signalisation aux Etats-Unis.
5. Quels sont les risques de ces pratiques ?
Pour le cas particulier des barrières de lit, on pourra se reporter au chapitre envisagé plus haut sur ce thème.
Conséquences des contentions |
Auteurs |
Commentaires |
| décès du résident | Rubin et al. 1993, Palmer et al. 1999, Parker et al. 1997, Frank et al. 1996, Miles et al. 1992, Miles et al. 1993, Pedal et al. 1996, Rubin et al. 1993, FDA 2006 | D'après Palmer (Palmer et al. 1999) et Miles (Miles et al. 1992), la fréquence approximative des décès dus aux contentions serait de 1 pour 1000 dans les "nursing homes". Le plus souvent sont impliqués : les vestes, les dispositifs inadéquats et les barrières de lit. Les personnes âgées sont retrouvées suspendues à leur fauteuil ou bien au lit. Pour Miles (Miles et al. 1992), l'analyse détaillée de 19 cas (parmi 122 cas mortels) montre que tous les patients décédés souffraient de démence sénile. Il convient de souligner le risque de pendaison grave du malade lorsqu'un élément du corps demeure coincée dans le fauteuil alors que la partie la plus lourde de la personne se situe déjà à l'extérieur du fauteuil. |
| augmentation du risque de chute | Arbesman et al. 1999 et de nombreuses publications | Arbesman et al. notent une augmentation du risque de chute qui est plus élevée après la mise en place de la contention physique. |
| sarcopénie, ankyloses articulaires | défaut de marche, seul exercice encore possible dans la plupart des situations de démence | |
| traumatismes | Les barrières de lit sont des éléments fréquemment traumatisants, soit lors des retournements passifs qui peuvent occasionner des traumatismes (les soignants disposent souvent un traversin en protection), soit lors de l'abaissement des barrières qui peuvent alors léser un membre, souvent caché par les couvertures, faisant issue hors du lit. Une compression par appui prolongé n'est pas rare. Des protections spéciales pour barrières de lit devraient être utilisées lorsque celles-ci représentent un danger. La chute en passant au dessus les barrières de lit se fera d'une hauteur plus élevée. Voir en anglais le site (possibilité de demander le catalogue) : http://www.posey.com. L'inefficacité des dispositifs de contention (lâchage ou détachement d'une boucle de ceinture au fauteuil, ou bien décrochage d'une barrière de lit dont l'encliquetage n'est pas correct) peut être à l'origine de traumatismes par un faux sentiment de sécurité. | |
| agressivité | Ryden et al. 1999
|
corrélation mais lien incertain de causalité |
| douleur et épuisement | persistance d'une attitude forcée inconfortable en compression et cisaillement des parties molles pouvant mener à la constitution d'une escarre | |
| colère, inconfort, révolte, et peur | Strumpf et al. 1988 | le blocage du résident par une ceinture pelvienne l'oblige à garder la même position, au moins au niveau de l'assise. |
| moindre possibilité d'assurer les besoins élimination | Il est plus malaisé de "détacher" rapidement un résident afin de l'accompagner aux toilettes ou même de le placer sur un siège dédié à l'élimination. | |
| perte de la marche | désapprentissage, "no use factor" | |
| sentiments négatifs envers la contention | Hardin et al. 1993 | 52% des patients interrogés étaient opposés à leur contention. Ce chiffre est considérable. A contrario, il laisse supposer ce que nous observons en clinique : certains résidents ne semblent pas affectés par leur contention, ou même déclarent la souhaiter. |
| non-respect de la dignité du patient | Rateau, 2000 | Cet auteur insiste sur l'information du patient et sur le respect de sa dignité. Ainsi est soulevé le problème rarement évoqué du consentement de la personne âgée à sa propre contention. |
| plus grande difficulté à dégager les personnes en cas d'incendie | ||
| autres accidents : hyperthermie, rhabdomyolyse, lésions du plexus brachial, thrombose des veines axillaires, neuropathie par compression, insuffisance rénale, trouble du rythme induit par le stress, strangulation | Capezuti et al. 1999 | Revue de la littérature |
6.
Quelles sont les propositions pour
réduire la fréquence des contentions physiques
?
Il convient avant tout de comprendre les raisons pour
lesquelles le patient souhaite quitter son fauteuil ou son lit et se mettre
en danger. Ainsi, on anticipera
des facteurs tels que la faim, la soif, l’élimination, une agitation, la
douleur ou une autre cause de perturbation.
Werner (Werner et coll.(2)) propose d'aménager l'environnement de la personne âgée, par exemple en modifiant les fauteuils roulants et les sièges habituels, et insiste sur la nécessité d'une approche individuelle. Schleenbaker (Schleenbaker et al. 1994) fait état de prescriptions écrites concernant la contention.
Dans notre expérience, une décision médicale écrite,
consécutive à une démarche pluridisciplinaire, remise
en question en cas de doute, a pu diminuer le taux des contentions au fauteuil
et modifier la nature
des contentions au profit de dispositifs spécialement dédiés. En soins de
longue durée ou en EHPAD, nous remettons en cause la recommandation d’une
prescription médicale journalière des contentions telle qu'elle est formulée
dans les recommandations de l'ANAES, malgré tout nuancé dans le critère
10 des recommandations
de bonnes pratiques de soins en EHPAD en octobre 2007. Une telle mesure nous semble
impossible à appliquer du fait du nombre élevé de résidents et du faible temps
médical, en particulier celui concernant
la coordination.
Hardin (Hardin et al. 1994) évoque l'augmentation de la taille des équipes soignantes comme l'item d'alternative à la contention qui est le plus souvent cité. Cette notion est retrouvée par Hantikainen (Hantikainen et al. 1998).
Phillips (Phillips et al. 2000) ne retrouve pas de différence significative dans la prévalence des contentions physiques entre les unités spécialisées dans la maladie d'Alzheimer (SCU : special care unit) et les unités traditionnelles d'hébergement. Par contre, l'utilisation de psychotropes était plus large en SCU. Ceci n'est pas l'opinion de Bellelli (Bellelli et al. 1998) qui fait état d'une réduction globale des comportements perturbateurs, ainsi que d'une diminution des contentions par psychotropes et moyens physiques dans ces unités. Vogelpohl (Vogelpohl et al. 1997) propose d'étudier l'état affectif et les comportements des patients, mais aussi ceux des intervenants. Une action à ces niveaux produirait des résultats positifs surprenants.
Neufeld (Neufeld et al. 1995) propose de développer des programmes
de formation des personnels des "nursing homes". Cet auteur admet implicitement
la durée élevée de ce processus, ainsi que les moyens
relativement importants à mettre en oeuvre : ateliers de deux jours,
matériel vidéo, écrits, consultations cliniques par
téléphone et sur site, coordination d'une équipe
multidisciplinaire, conceptions innovantes, suivi pendant deux ans.
Sundel (Sundel et al. 1994) propose la même
option.
Evans (Evans et al. 1995) propose une expérience originale de musicothérapie.
Pour Schott-Baer (Schott-Baer et coll, 1995), les diversions (voir aussi Magee et al. 1993), la présence de membres de la famille, ainsi que les chaises inclinables pourraient constituer des alternatives. En 1987, la législation change aux USA : les résidents des maisons de retraite médicalisées (nursing homes) ont désormais le droit d'être libres de toute contention physique ou chimique si elle n'est pas requise pour traiter un symptôme médical (Janelli et al. 1994) (Lipson, 1994).
Watson (Watson et al. 1994) propose que les facteurs de risque de chute soient évalués pour diminuer la fréquence des contentions. Michello (Michello et al. 1993) propose des adaptations de l'environnement telles qu'alarmes et coussins pour que les personnes âgées soient correctement installées.
Dans le cadre de l'évaluation des bonne pratiques, l'HAS propose en 2006 un compte-rendu et des éléments d'audit dans ce domaine.
La disposition architecturale des locaux pourrait jouer
un rôle dans le pourcentage relativement bas de nos contentions au
fauteuil. La proportion des patients contenus est moindre dans les lieux
où le personnel soignant peut exercer une surveillance visuelle des
résidents. Cette donnée pourrait expliquer, au moins en partie,
les différences entre nos secteurs d'hébergement et de soins le 1er
décembre 2000
:
- 11 résidents contenus parmi les 43 présents dans les anciens secteurs à surveillance visuelle difficile,
- 5 résidents contenus parmi les 47 présents dans les nouveaux secteurs à surveillance visuelle plus aisée.
Dans le contexte des contentions en général, on pourrait envisager la permanence de la présence d'un membre de la famille du résident. Cette solution est rarement envisageable et pourtant réelle à domicile. Elle peut conduire rapidement à l'épuisement des aidants familiaux. Idem pour les soignants dans la situation de ce début du 21ème siècle.
Une alternative aux barrières est représentée par des dispositifs évitant les traumatismes à leur contact. Toutefois, ce "rembourrage" peut constituer des boudins gênant l'abaissement des barrières lorsque celles-ci se plient. D'autres propositions ont été émises :
- utilisation de plus en plus répandue d'un lit de type Alzheimer qui peut s'abaisser jusqu'à 15 cms du sol et se relever pour permettre des soins au lit plus aisés que lorsque l'on doit disposer un matelas au sol,
- filet entourant les côtés de lit,
- filet entourant le lit,
- drap muni de lanières, posé sous le matelas et entourant les barrières (Yves Gineste site : http://www.cec-formation.net)
- possibilité de matelas au sol, le long du lit, ce dernier étant disposé contre le mur du côté opposé au matelas,
- tapis anti-chute, moins instable que le matelas standard quand le résident marche dessus.
- lumière demeurant allumée pour éviter la privation visuelle ajoutée à la déafférentation sensitive,
- matelas du résident directement sur le sol, ou encore disposé sur un sommier
bas.
Pour notre part, nous utilisons actuellement les mesures suivantes pour les personnes qui chutent du lit :
- le lit au plus bas de type Alzheimer avec ou sans ablation
des barrières :
Avantages : maintien
de la personne dans une situation habituelle de la vie, moindre difficulté pour
les personnels soignants.
Inconvénient : cette mesure n'empêche pas les chutes des
personnes instables sur le sol de la chambre, surface glissante et dure s’ils
sont à même de se relever du sol.
- nous avons mis éventuellement en place des tapis de sol de type "gymnastique" à côté du lit :
Avantages : diminueraient la gravité des chutes,
permettraient un meilleur maintien de la sensibilité plantaire qui est un facteur
indispensable pour conserver l'équilibre. Leur couleur est vive, facteur
bénéfique si une lumière est demeurée allumée. De plus, ces
tapis possèdent une épaisseur moindre qu'un matelas normal, d'où une moindre induction
de chutes par l'obstacle constitué par les bords.
Inconvénient :
il conviendra de choisir un matériel relativement léger car leur poids élevé
est un obstacle à leur utilisation. Leur
rebord, même peu épais (2, 4 ou 5 centimètres par exemple), constitue
un obstacle potentiel. Le paradoxe voudrait que le fait de pouvoir conserver la position
debout occasionne secondairement une chute.
-
un matelas de lit au sol à côté du lit :
Avantage
: diminue significativement la gravité des chutes surtout quand les
barrières de lit sont en position relevée. Il est plus léger que certains tapis
de sol.
Inconvénients : un matelas de
lit représente un obstacle supplémentaire si la personne âgée déambule après la
descente du lit. Sa couleur est neutre, ce qui représente un facteur qui aggrave
son repérage dans l'obscurité. Sa consistance et son épaisseur sont des facteurs
de chute par instabilité lorsque le résident va vouloir se tenir debout sur
le matelas, exercice déjà difficile pour un adulte sain.
-
le matelas au sol seul dans la chambre ou
bien deux matelas juxtaposés :
Avantages : cette mesure diminue ou
annule la fréquence et la gravité des chutes.
Inconvénients : elle est
parfois difficile à faire admettre par les familles du fait d'une représentation
évocatrice de l'animalisation. Pour les personnels soignants, cette disposition
représente une plus grande difficulté pour accomplir les soins quotidiens car
elle nécessite un travail permanent au sol.
-
la contention au lit par une ou
des ceintures :
Une seule résidente était ainsi maintenue
à l'heure où ces lignes sont écrites.
La contention au lit présente
des risques particuliers. Attention au serrage irréversible par la ceinture abdominale
(voir graphique ci-dessous).
Le matériel de contention doit être fixé aux parties qui bougent avec le malade (recommandations de l'ANAES d'octobre 2000 au format pdf). En aucun cas le matériel de contention ne doit être solidarisé avec des parties fixes du lit alors que le patient peut être mobilisé : exemple du dossier qui se relève ou encore d'une fixation sur la base du lit alors que le sommier peut être mobilisé vers le haut.
graphique 3. Positionnement d'une ceinture de maintien au lit.

7. Quelle est l'efficacité des mesures visant à diminuer la fréquence des contentions physiques ?
Powell (Powell et al. 1989), trouve que la réduction
conséquente des contentions physiques n'a pas causé d'augmentation
significative de l'incidence des chutes. Pour Neufeld (Neufeld
et al. 1999), la diminution de 90 % des contentions, conjuguée à
une formation des équipes, s'est accompagnée d'une
augmentation de l'incidence des chutes et des blessures mineures. Par contre,
la sévérité des blessures qualifiées de modérées à
sérieuses a diminué de manière significative.
L'efficacité des programmes de libération des résidents
pourrait être plus grande auprès des personnels qui sont les
mieux formés et les plus anciens (Werner et al. 1994(1)). Ces programmes
nécessitent une programmation et du temps : il
s'agit de changer des attitudes, des croyances, des pratiques ainsi que la politique
de l'institution (Janelli et al. 1994). Pour Ejaz (Ejaz et al. 1994),
le programme débutait dans une seule unité à la fois
et s'intéressait aux patients au cas par cas. La plupart des
résidents pouvaient être libérés dans un délai
de quinze jours. La période d'application proprement dite allait de
quatre mois à plus d'un an. Ejaz, comme Neufeld (Neufeld
et al. 1999), retrouve une augmentation de l'incidence des blessures "non
sérieuses" : de 1,87% des résidents tombant chaque semaine
à 3,01% après l'intervention, rejoignant ainsi le taux
de chute du groupe contrôle. C'est, pour Ejaz, le "risque de la
liberté".
8. Nous proposons le schéma décisionnel suivant pour la contention au fauteuil :
graphique 4. Algorithme décisionnel proposé et mis en œuvre par le service de Soins de Longue Durée du Centre Hospitalier d'Albi (France)
9. Nous proposons le schéma décisionnel suivant pour la contention au lit :
Bien sûr, le lit sera le plus souvent disposé dans un
angle de la chambre, toujours en position la plus abaissée possible. Ceci est
désormais bien plus facile avec les lits de type Alzheimer dont le sommier s’abaisse
à
graphique 5. Proposition d'algorithme décisionnel pour la contention au lit si l'on ne dispose pas d'un lit de type Alzheimer.

Elles pourraient être définies comme l'utilisation des locaux à des fins de réduction de la libre mobilité des personnes.
1. Le cas le plus fréquent est l'enfermement du résident dans sa chambre. L'isolement du résident dans une pièce fermée est encore une pratique courante et cachée pendant la nuit chez des malades déments déambulants.
2. A un moindre degré, la limitation des déplacements à un secteur, un
couloir ou une salle à manger est mieux admise par l'environnement
humain
du malade.
3. Les contentions électroniques peuvent être partiellement rangées dans ce chapitre. Elles sont encore peu développées. A mon avis, elles ne posent pas les mêmes problèmes éthiques que celles qui sont utilisées pour le contrôle des prisonniers.
Le développement des unités spécialisées dans la prise
en charge de la maladie d'Alzheimer
constitue la principale réponse à cette difficulté.
Il existe toutefois un risque réel de ghetto si ces unités sont développées
sans moyens et sans motivation des acteurs du terrain.
Elles pourraient être définies comme l'administration de médicaments dans le but de réduire la libre mobilité d'une personne.
Les classes suivantes de psychotropes ont été utilisées :
- les tranquillisants : surtout les carbamates et les
benzodiazépines,
- les neuroleptiques, en particulier sédatifs,
- les antidépresseurs : surtout les antidépresseurs sédatifs tels que la miansérine.
Bien que cette pratique semble a priori discutable, elle est loin d'être exceptionnelle. De plus, certaines situations requièrent inévitablement l'administration de sédatifs sous la forme de tranquillisants, neuroleptiques ou antidépresseurs. Le rare cas de la personne désireuse de marcher alors que ses capacités sont manifestement insuffisantes nous en fournit un exemple. La contention physique refusée par le patient, et pourtant indispensable, nous semble alors devoir être souvent complétée par une sédation. Ceci pour des raisons humaines et éthiques. Pourtant, la frontière est floue entre la sédation bénéfique au patient et l'usage délibéré de médicaments pour soulager l'environnement humain, surtout en l'absence d'une architecture adaptée.
Selon Ray (Ray et al. 1993), 20% ou davantage parmi les résidents
des "nursing homes" aux USA reçoivent des médications
antipsychotiques, surtout pour les manifestations comportementales d'une
démence. Afin de les réduire, cet auteur préconise
la mise en place de programmes d'éducation des médecins, des
infirmières et des autres membres des équipes. La substitution
ferait surtout appel aux techniques
comportementales.
Elles pourraient être définies par les injonctions collectives et répétées adressées à la personne en vue de réduire sa libre mobilité. Il est possible d'en rapprocher ce que l'on pourrait qualifier de "contention humaine" qui associe une contrainte physique humaine à des injonctions de restrictions de déplacements ou de mouvements. Dans ce cas, la personne est observée en permanence par un accompagnateur qui limite sa mobilité dans la crainte d'une chute.
"Ne vous levez pas, vous allez tomber !"
"Restez assis !",
"Restez au lit !",
"C'est mouillé, n'y marchez pas !". "Si vous y marchez, il faudra que je repasse la serpillière !".
"Marchez doucement, vous allez tomber !",
"N'allez pas dehors, vous
tomberez !".
La non prise en compte d'un état d'apathie avec régression psycho-motrice et la réduction de la mobilité, surtout si des mesures thérapeutiques sont encore possibles, représentent une "contention par abstention" défavorable à la personne, mais jugée favorable pour l'environnement.
Seule une formation continue de l'ensemble des acteurs est susceptible de modifier ces attitudes. Il faudra encore de nombreuses années pour parvenir à ce but.
Au terme de ce court aperçu concernant les
contentions, on peut s'interroger sur les raisons qui président à la persistance
d'une situation anormale dans ce domaine.
a) la surprotection de la personne âgée est
induite par le sentiment de sa grande vulnérabilité. Vouloir la protéger peut
être compris comme une manifestation d'intérêt à son égard, intérêt plus grand
que les contraintes imposées.
b) la culpabilité de la famille à l'égard du
placement de son aîné peut l’amener à compenser abusivement ce sentiment par
une attitude démonstrative parfois excessive.
c) l'institution, parfois en concurrence avec
d'autres établissements, est souvent apeurée devant l'angoisse des familles.
Comme nous en émettions le vœu en 2010 avec C. Réal Poiré, "l’institution
du futur ne devra jamais empêcher le résident de vivre sa vie sous couvert de
lui épargner la mort." Ainsi, les projets d’établissement et de service ne
sont pas toujours explicites sur ce point. La pluridisciplinarité, tant
réclamée ici et là, demeure encore embryonnaire dans un domaine où la concertation
est indispensable.
d) la formation initiale des soignants n’a pas
toujours fait état de cet aspect. La formation continue n’est pas forcément
prolixe sur ce point. ![]()
e) l’évolution de la société a été rapide :
l’intérêt porté à l’individu et à sa liberté est relativement nouveau (DUDH seulement
en 1948 par exemple)
Le problème des contentions connaît un intérêt nouveau, dominé par les recommandations nationales et internationales, ainsi que par le développement des unités spécialisées dans la prise en charge et l'accompagnement des déments déambulants.
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