dernière mise à jour le 29 septembre 2009

Ont contribué à la rédaction de ce cours : Dr Bernard Pradines (Albi), Dr Michel Cavey (Briare), Dr Lucien Mias (Mazamet), M. René Manteau, infirmier, (Albi).

Cours du 24 novembre 2000 pour la Capacité de Gérontologie (Toulouse, France, Monsieur le Professeur Jean-Louis Albarède)

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Les Services de Soins de Longue Durée (Longs Séjours) : structures, fonctionnement, problèmes

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Plan

Introduction

Définition

I. STRUCTURES

A. Place des services de Soins de Longue Durée par rapport au maintien à domicile et aux autres établissements d'hébergement pour personnes âgées (EHPA).

B. Place des services de Soins de Longue Durée par rapport aux journées d'hospitalisation observées dans la population française

C. Disparités entre services de Soins de Longue Durée

II. FONCTIONNEMENT

A. Lieu de vie

B. Lieux de décès

C. Lieux de soins : les pathologies chroniques

D. Lieux tarifés avec participation financière du résident et de sa famille

III. PROBLEMES

A. Par rapport à la définition

B. Lieu de souffrance

C. Ces services sont le plus souvent pleins

D. Problèmes médicaux

E. Problèmes architecturaux

F. Problèmes d'évaluation de l'activité

Conclusion

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Introduction

Les services de Soins de Longue Durée sont une tentative de réponse à une situation multifactorielle :

-l'expansion démographique des personnes âgées de plus de 75 ans,

-la polypathologie fréquente au grand âge,

-les possibilités thérapeutiques limitées dans le domaine des maladies chroniques invalidantes telles que les maladies ostéoarticulaires dégénératives et surtout les démences,

-la dépendance pour les actes de la vie quotidienne,

-les difficultés du maintien à domicile, en foyer-logement ou en maison de retraite dans ce contexte.

Définition

Ces services étaient précédemment dénommés "Longs Séjours". Selon la loi hospitalière du 2 Août 1991 (Art. L. 711-2, alinéa 2), ils sont des "soins de longue durée, comportant un hébergement, à des personnes n'ayant pas leur autonomie de vie, dont l'état nécessite une surveillance médicale constante et des traitements d'entretien". Ces services sont considérés comme hospitaliers, donc relevant du secteur sanitaire.

En pratique, les personnes âgées de plus de 75 ans représentent l'essentiel de leur clientèle (note 1). Elles sont hébergées en Soins de Longue Durée car elles ne trouvent plus de place dans une maison de retraite, même médicalisée. Cette situation est engendrée le plus souvent par la lourdeur des soins de base qui leur sont nécessaires ou bien du fait d'une pathologie chronique instable, d'une polypathologie ou encore d'une dépendance psychique importante. Ces patients restent à l'hôpital longtemps, plus d'un an en général, et souvent jusqu'à leur mort (note 2).

I. STRUCTURES

A. Place des services de Soins de Longue Durée par rapport au maintien à domicile et aux autres établissements d'hébergement pour personnes âgées (EHPA).

Le terme d'institution recouvre les foyers-logements, les maisons de retraite dont les MAPAD (Maisons d'Accueil pour Personnes Agées Dépendantes), et les services de Soins de Longue Durée.

1. Aspects quantitatifs

En France, 6,8 % des personnes de plus de 65 ans vivent en institution (note 3).

graphique 1

Ce pourcentage s'accroît à 26,9 % pour les personnes de plus de 85 ans (même source).

graphique 2

En 1995, la France comptait 957 établissements de Soins de Longue Durée totalisant 79568 lits contre 65981 lits en 1990. (note 4). En 1996, le nombre de lits de Soins de Longue Durée atteignait 80700 lits (notes 5 et 6)

graphique 3 (note 7)

2. Aspects qualitatifs

Par rapport aux autres Etablissements d'Hébergement pour Personnes Agées (EHPA), on retiendra :

a) les principales analogies :

-le sex ratio est comparable : 3 femmes pour un homme avec un accroissement de la proportion des femmes avec l'avance en âge.

-l'âge,

-la situation familiale : absence de conjoint 5 fois sur 6.

b) les principales différences :

-le niveau de dépendance physique est plus élevé en Soins de Longue Durée. Trois fois plus de grabataires y sont présents par rapport à la moyenne des EHPA. L'état grabataire est ici caractérisé par le confinement au lit ou au fauteuil. Une fois et demi plus de personnes doivent y être aidées pour la toilette et l'habillage.

-le niveau moyen de dépendance psychique est lui aussi plus important. Deux fois plus de personnes dépendantes psychiques y sont présentes que dans l'ensemble des EHPA. La dépendance psychique est ici définie par un comportement partiellement ou totalement inadapté associé à une désorientation dans le temps ou dans l'espace.

graphique 4 : proportion de personnes souffrant à la fois d'une dépendance physique et psychique le 31 Décembre 1994 suivant le type d'institution :

-la part du secteur public est plus importante en Soins de Longue Durée. Ainsi, 92% des lits de Soins de Longue Durée en France sont situés dans le secteur public en 1995. A la fin de 1994, le secteur privé disposait en France de 6 000 places alors que le secteur public offrait près de 72000 places (note 8). Tous les établissements de la région Midi-Pyrénées sont publics, à une exception près à Toulouse.

-la proportion de personnes partageant une même chambre reste toutefois assez importante dans les établissements français (28 %), surtout dans les services de soins de longue durée où elle atteint 55 %. En revanche, en maison de retraite, les deux tiers des résidents sont en chambre individuelle. Les équipements sanitaires diffèrent selon les établissements. Ainsi, l'existence d'une salle de bains dans la chambre (individuelle ou non) est plus rare dans les services de soins de longue durée que dans les maisons de retraite (27 % des résidents contre 44 %). De même, le taux de possession d'équipements de communication ou de média oppose les deux types d'institution : la proportion de personnes ne disposant dans leur chambre ni de téléphone, ni de télévision, ni de poste de radio, est deux fois plus importante dans les services de soins de longue durée que dans les maisons de retraite. Parmi ces trois équipements, la télévision est l'équipement privilégié quel que soit l'établissement (note 9).

B. Place des services de Soins de Longue Durée par rapport aux journées d'hospitalisation observées dans la population française :

1. Aspect quantitatif

En 1996, les services de Soins de Longue Durée totalisent 28,3 millions de journées d'hospitalisation, soit une sur cinq.

graphique 5 : Part respective des journées d'hospitalisation suivant les différentes modalités en France en 1996.

2. Aspect évolutif

Entre 1986 et 1996, le nombre de places de soins de longue durée a augmenté de 35%. (note 10). L'évolution du nombre des journées en Soins de Longue Durée est nettement croissante entre 1992 et 1997.

graphique 6 : évolution du nombre des journées dans les hôpitaux publics entre 1992 et 1997 (note 11)

C. Disparités entre services de Soins de Longue Durée :

1. Disparités quant aux missions réelles :

Lors d'une enquête nationale limitée réalisée en 1998 (Prévost et coll. 1999), les services de Soins de Longue Durée apparaissent comme les structures les plus hétérogènes parmi les services de soins médicalisés aux personnes âgées. Trois groupes d'établissements pourraient être distingués d'après le modèle PATHOS :

-des services semblables aux cures médicales des maisons de retraite

-des services se rapprochant des soins de suite

-des services spécialisés dans la prise en charge des "déments perturbateurs", véritables unités Alzheimer avant l'heure.

Cette hétérogénéité semble trouver sa source dans la variété de la demande en fonction des autres structures existantes à proximité du service. Ce constat confirme la notion de service de placement "en dernier lieu".

2. Disparités quant aux moyens mis en oeuvre :

Selon un enquête nationale récente très partielle portant sur 19 établissements (Delplanque, 1999), les dotations en médecins et en personnels varient considérablement, dans une proportion de 1 à 5 selon les catégories professionnelles. Cette disparité, mal expliquée, pourrait être partiellement due aux différences des prix de journée d'hébergement.

3. Disparités dans les capacités d'accueil par service :

Parmi les des 47 structures de Soins de Longue Durée en Midi-Pyrénées répertoriés par l'ARH en 1998 (note 12), les capacités extrêmes allaient de 10 lits (Négrepelisse, 82) à 192 lits (Toulouse, 31), avec des services quantitativement importants comme ceux de Castres et de Villefranche-de-Rouergue qui hébergent chacun 160 résidents. La capacité moyenne des services de la région est voisine de 60 lits.

4. Disparités départementales :

Envisageons l'exemple de la région Midi-Pyrénées (note 13).

Considérons le nombre de résidents hospitalisés en Soins de Longue Durée pour mille personnes de plus de 75 ans dans chaque département :

figure 1. La proportion de résidents des Soins de Longue Durée varie dans une fourchette proche de 1 à 4 en Midi-Pyrénées en 1998 (source ARH de Midi-Pyrénées) NB : le taux de l'Aveyron est celui de 1993. Bien qu'une incertitude demeure sur le taux de 1999, il est, dans tous les cas de figure, du même ordre d'idée.

II. FONCTIONNEMENT

A. Lieu de vie

Le taux d'occupation de ces services avoisine 100%, ce qui représente le record d'occupation des services hospitaliers (note 14). De plus, ils ne connaissent aucune interruption ou limitation estivale de leur activité.

1. Lieu de long séjour (ancienne définition). Le 17 juillet 1998, à Albi, la durée moyenne de séjour est approximativement de trois ans.

graphique 7

DS : durée de séjour des 90 résidents présents

Cette relative longueur du séjour peut être une opportunité pour créer de nouveaux liens affectifs et sociaux. D'où la nécessité d'activités adaptées à l'état physique et psychique des personnes hébergées. La récente prise de conscience de la nécessité d'un soutien psychique dans ce type de service se traduit par l'intervention balbutiante d'animateurs, et à un moindre degré de psychologues et d'ergothérapeutes.

2. Lieu de dépendance pour les actes de la vie quotidienne

Pour exemple, dans le service d'Albi :

graphique 8 . Evaluation le 19 mai 1993 par l'échelle ADL (Activity of Daily Living) (Katz S, 1983)

Légende :

Aide totale, partielle ou sans aide pour chacune des rubriques:

Hyg = Hygiène corporelle

Hab = Habillage

Toil = aller au toilettes

Loco = Locomotion

Cont = Continence

Repas

Commentaire : l'aide est maximale pour l'hygiène, l'habillage, pour aller aux toilettes, et pour la continence. Elle est moindre pour la locomotion (déplacements) et surtout les repas dont la consommation autonome est le plus souvent la dernière activité possible. Ce profil est d'abord la conséquence des tableaux démentiels évolués présentés par cette clientèle.

graphique 9 : Evaluation par la grille AGGIR en octobre 2000 dans le service d'Albi.

2. Lieu de travail et d'entourage

a) Lieu de travail et charge en soins

Parmi les intervenants professionnels directement au contact des personnes accueillies, on relève 51 ETP (équivalents temps plein) à Albi en juillet 2000 (note 15).

Parmi 11 services étudiés en mars 1995 dans la région Midi-Pyrénées, la charge en soins non relationnels par patient était en moyenne de 2 heures et demi par jour et par résident. L'évaluation avait été conduite à l'aide de l'échelle de Kuntzmann (note 16).

b) Lieu féminisé

-les résidents sont surtout des résidentes : 3 fois sur 4.

-les soignants sont le plus souvent des soignantes : 13 hommes parmi les 51 ETP d'Albi.

-les familles sont d'abord représentées par des femmes : les filles surtout ou les belle-filles viennent le plus souvent en visite.

-les bénévoles sont presque toujours des femmes : 16 sur 18 lors de l'enquête menée le 15 Janvier 1996 parmi les 30 bénévoles du service de Soins de Longue Durée d'Albi (note 17)

B. Lieux de décès

graphique 10. Nombre annuel des décès récents dans le service de Soins de Longue Durée du Centre Hospitalier d'Albi. En 1999, en moyenne un décès par semaine est constaté dans le service.

La durée moyenne de séjour des patients qui décèdent est inférieure à deux ans, donc plus courte de plus d'un an que celle des présents. Un tiers des résidents qui meurent vont décéder dans le trimestre suivant leur entrée dans le service. Plus de la moitié des décès a lieu dans l'année suivant l'entrée.

graphique 11 : durée de séjour des patients décédés de 1993 à 2000.

Ces services sont régulièrement confrontés à l'approche de la mort. Pour 90 places, 304 personnes sont décédées à Albi depuis le 17 décembre 1993, alors que 44 résidents sont sortis vers une autre structure ou vers le domicile. Aussi, les notions de soins palliatifs non carcinologiques, d'accompagnement et d'empathie y connaissent-elles un développement mérité, d'autant plus qu'ils jouent souvent le rôle des unités de soins palliatifs, encore inexistantes en 2000. Les symptômes des 24 dernières heures de la vie ont été relevés, sur une période d'un an, du 1er avril 1996 au 31 mars 1997 : http://geriatrie-albi.com/graphsympto.html.

C. Lieux de soins : les pathologies chroniques.

Les pathologies des personnes âgées sont multiples (Sermet S. 1992).

1. Prévalence des démences séniles

Les démences représentent actuellement 65% des causes d'entrée dans le service. Des troubles psychopathologiques fréquents leur sont associés : anxiété, dépression, délire, hallucinations. Des troubles organiques sont souvent présents : dénutrition, infections, complications du décubitus, chutes (http://geriatrie-albi.com/chutes95.html), ou encore décompensation d'une pathologie chronique telle que diabète, insuffisance cardiaque ou insuffisance respiratoire.

Une étude réalisée le 12 Avril 1994 a permis d'évaluer le nombre de personnes âgées chez qui l'évaluation des fonctions cognitives par le MMS de Folstein était impossible du fait de leur grande détérioration intellectuelle. Plus de la moitié des personnes âgées présentaient une démence sénile à un stade très évolué rendant le MMS impraticable.

graphique 12

2. La pathologie infectieuse intercurrente est habituelle : sa localisation est avant tout respiratoire, oculaire, urinaire, cutanée et digestive.

3. La prévalence des douleurs a été évaluée le 30 Avril 1994.
Cette coupe transversale élémentaire a permis de vérifier la classique grande fréquence des symptômes douloureux, en particulier d'origine ostéoarticulaire chez les personnes âgées. Plus de la moitié des personnes hébergées présentaient ou avaient présenté des douleurs depuis leur entrée dans le service.

graphique 13.

graphique 14. Topographie des douleurs éprouvées le 30 Avril 1994 par les résidents d'Albi depuis leur entrée dans le service.

Légende : AMI = artériopathie des membres inférieurs

D. Lieux tarifés avec participation financière du résident et de sa famille

1. Le prix de journée se décompose en deux parties :
Une partie à la charge de l'intéressé(e) et le forfait soins à la charge de l'assurance maladie.

a) Une partie à la charge de l'intéressé(e) :
Cette partie est variable suivant les établissements. Elle est fixée par le Conseil Général du département dont relève le service.

Par exemple, à Albi en 2000 :

-292,10 francs/jour pour le secteur Sud (bâtiment ancien)

-321,70 francs/jour pour le secteur Nord (bâtiment rénové).

Cette participation importante est prévue en théorie pour assurer l'hébergement. Elle varie dans des proportions importantes : elle est souvent supérieure à 450 F en région parisienne. Le problème posé, celui de la participation financière de la personne concernée à ses propres soins, est d'ampleur internationale. Par exemple, le même type de débat se déroule actuellement au Royaume-Uni : quelles doivent être les participations respectives de l'Etat et des individus, quel est le rôle des assurances ? (note 18).

b) Le forfait journalier pour soins est à la charge de l'assurance maladie. Il est d'un montant équivalent en France, quelle que soit la localisation de la structure. Ce forfait s'élève à 269,60 francs/jour à Albi en 2000, quelque soit le bâtiment (ancien ou rénové).

2. Quelles sont les possibilités d'aide financière?

a) L'allocation-logement
C'est un droit. Elle est fonction des revenus des personnes âgées. Le plafond des ressources pour y prétendre était de 6000 F mensuels en Octobre 1998. Son montant maximum est de 1100 F mensuels. Malheureusement, elle s'applique seulement à des locaux conformes à une règle définie pour son attribution.

b) L'allocation compensatrice tierce-personne (ACTP)
Elle est en voie de disparition pour les personnes âgées et remplacée par la prestation spécifique dépendance (PSD). Elle était généralement plus avantageuse que la PSD.

c) La prestation spécifique dépendance
Elle est issue de la loi du 24 Janvier 1997 complétée par les décrets du 28 Avril 1997. Elle présente l'inconvénient majeur pour les familles d'être récupérable sur succession au delà de 300.000 francs.

Elle est attribuée en fonction des ressources et de l'état de dépendance classé en 6 groupes isoressources (GIR) à l'aide de la grille et de l'algorithme AGGIR (AGGIR : Action gérontologique Groupes Iso Ressources). Le logiciel AGGIR est commercialisé par le Syndicat national de Gérontologie Clinique. Le logiciel PATHOS et le logiciel GALAAD incluent cet algorithme informatique.

d) L'Aide Sociale à l'Hébergement
Elle est attribuée par le Conseil Général pour des personnes à faibles revenus. Dans les services de Soins de Longue Durée, on estime environ à 32.000 le nombre de bénéficiaires français, soit 41% des personnes hébergées (note 19).

III. PROBLEMES

A. Par rapport à la définition :

Le respect stricto sensu de cette dénomination impliquerait certainement une redéfinition des missions de ces services, et surtout de leur financement. En effet, des soins de longue durée ne peuvent se concevoir que pour des personnes reconnues comme étant malades ou souffrant de séquelles de maladies. Or, l'incertitude règne sur cette définition : les personnes âgées hébergées sont-elles des malades, des patients, des résidents, des résidants (ce dernier terme, un temps à la mode, est en voie d'abandon), des pensionnaires, des clients (terme utilisé au Québec) ? Cette ambiguïté n'est pas seulement sémantique. Elle se traduit par les deux forfaits envisagés ci-dessus. Ces services ne sont pas destinés uniquement aux personnes âgées mais ces dernières constituent une part très importante de leur clientèle. Des personnes jeunes, souffrant de handicaps majeurs, tels que ceux consécutifs à un traumatisme crânien ou à une sclérose en plaques sont candidates à recevoir des soins de longue durée. Mais des problèmes financiers, techniques et de charge en soins rendent cette situation opaque en l'absence de définition claire et surtout de tarification adaptée.

B. Lieu de souffrance :

1. Souffrance de la personne âgée :
Ses deuils sont constants : deuil de sa santé somatique et/ou mentale, de ses proches ainsi que de son domicile. Parfois, la personne âgée doit assumer le deuil de ses propres enfants. Elle doit s'adapter à un nouvel environnement et perdre sa place dans la société.

2. Souffrance de la famille :
Elle est amplifiée par la culpabilité et la honte. Les réactions couramment observées à l'égard de l'institution sont : la bienveillance, voire une attitude dithyrambique, mais aussi l'agressivité, la fuite, ou encore la neutralité. L'attitude de la famille peut être participative ou non.

3. Souffrance du soignant :
Il ressent la pression des familles, des hiérarchies. Il vit dans la frustration liée au faible nombre de ses collègues. Il exerce une profession comportant des contraintes physiques, en particulier pour le transfert des malades lourds. Mais il ne lui suffit pas d'agir, de "faire". Il doit aussi "être" présent auprès du malade. Le soignant souffre de l'état, de l'évolution et du vécu de ses patients. Il existe, dans ces services, de façon chronique des déficits quantitatifs et qualitatifs en personnels alors que les objectifs de soins et de prise en charge globale sont à juste titre de plus en plus ambitieux. Les soignants bénéficient de l'intérêt du travail multidisciplinaire mais souffrent aussi de ses difficultés.

4. Souffrance du bénévole
Il est sollicité par diverses souffrances : celles de la personne âgée, celles des familles, celles des soignants.

5. Souffrance de la société
Les Soins de Longue Durée représentent souvent l'étape ultime d'une situation toujours complexe vécue comme une multiplicité d'échecs : celui du maintien à domicile, de la famille, du médecin de famille et de la médecine, ainsi que celle des soignants libéraux.

Un sentiment diffus, irrationnel, prétend que cette situation aurait pu être évitée. Ce refus trouve ses origines dans le déni et dans la situation récente liée à l'évolution de la démographie, à l'éclatement des familles et au travail rémunéré des femmes autrefois traditionnellement chargées à domicile des enfants et des vieillards en toute gratuité. L'image ancienne des hospices fait encore peur. Une réalité à laquelle on a rarement pensé avant d'être confronté personnellement à l'impossibilité du maintien à domicile de son parent ou de soi-même! Une peur politique est celle du coût économique de la dépendance et des soins au grand âge. Ainsi peut s'expliquer un embarras chronique menant à l'imprécision ou à l'absence des décisions nécessaires à une prise en charge réellement digne.

C. Ces services sont le plus souvent pleins d'où une liste d'attente gênant l'entrée des personnes ayant besoin de ces structures. Ainsi, les décès sont "attendus" pour libérer une place. Au contraire, des maintiens ou des retours indus vers le domicile peuvent être dictés par des impératifs financiers.

D. Problèmes médicaux :

1. La psychopathologie dans le contexte des démences séniles : faut-il créer des secteurs pour les déments souffrant de troubles du comportement, en particulier pour ceux qui déambulent et peuvent effrayer leurs voisins ? Ou bien convient-il de créer des centres spécialisés reliés ou non à un EHPA? Les USLD sont amenées à prendre en charge des patients relevant de structures de type "Unités Alzheimer" telles qu'elles ont été développées aux USA (special care units).

2. La polypathologie, et son corollaire la polymédication, contribuent à la complexité des problèmes. Dans une enquête publiée en 1992 , portant sur dix années, Sermet fait état d'une moyenne de 1044 maladies pour 110 personnes en Soins de Longue Durée. En maison de retraite et hospices, le nombre des maladies était de 897 pour 100 personnes et en foyers-logements de 670 pour 100 personnes (Sermet C. 1992)

3. Les douleurs, surtout ostéoarticulaires lors des mobilisations, exigent une connaissance précise de la personne (Pradines et coll. 1999 (1 et 2)). D'où l'importance de la formation et de la coordination des équipes, en particulier lors des remplacements pendant les périodes de congés.

4. Les infections nosocomiales posent le problème de l'hygiène, mais aussi celui de l'isolement, notion incongrue dans un service déjà menacé par l'exclusion de ses résidents.

5. Les soins palliatifs : les problèmes éthiques de la fin de la vie sont actuellement dominés par les interrogations sur l'acharnement thérapeutique et l'euthanasie. Les indications de certaines techniques, en particulier celles de renutrition, restent à préciser. La formation des personnels aux soins palliatifs, plus spécifiquement dans les situations non carcinologiques, est une voie d'avenir.

6. Des difficultés éthiques sont toujours en débat :

-indications de la contention au fauteuil et au lit (voir http://geriatrie-albi.com/contentionfauteuil.html),

-intérêt et modalités d'administration des psychotropes parfois accusés de rechercher une "contention pharmacologique",

-attitudes contraignantes, voir hostiles envers les personnes âgées.

E. Problèmes architecturaux

1. Malgré les fréquentes rénovations récentes, le nombre des chambres individuelles est encore beaucoup trop faible pour faire face aux exigences modernes d'intimité et d'hygiène.

2. La création d'unités Alzheimer, qualifiées de SCU (special care units) aux USA, est nécessaire pour la bonne prise en charge au long cours des patients déments. Ce besoin grandissant représente un défi immédiat. Par-delà leur diversité (Gold et al., 1991), les unités doivent remplir cinq critères :

a) Des patients atteints de démence caractérisée.

b) Un aménagement architectural adapté.

c) Un personnel formé, spécialisé et expérimenté.

d) L'implication de la famille, jusqu'à sa participation aux soins.

e) Un projet spécifique de soins et d'activités (qualité de vie, dignité et confort).

La députée Paulette Guinchard-Kunstler, dans sa présentation du rapport intitulé "Vieillir en France : enjeux et besoins d'une nouvelle orientation de la politique en direction des personnes âgées en perte d'autonomie" précise : "il faut que les établissements créent des unités de petite taille, avec un encadrement formé et en nombre suffisant, disposant d'espaces de déambulation. Ceci existe déjà et cela doit être généralisé partout" (APM-Reuters 1er octobre 1999).

Pourtant, leur tarification devra être adaptée à la situation de leurs résidents pour éviter la simple exclusion avec enfermement sans soins adapté. Mais cette tarification doit-elle être celle des Longs Séjours actuels, ou bien relever de l'hospitalo-réquérance prônée par le SNGC, ou encore être spécifique à ces patients ? (note 20)

F. Problèmes d'évaluation de l'activité :

L'évaluation de l'activité de ces services est balbutiante car mal codifiée, et surtout inconstante. Pourtant, des outils ont fait leur apparition.

1. Dépendance : AGGIR

2. Pathologie : PATHOS

Le logiciel ARGOSS comportant PATHOS, développé par le SNGC, vise à faire reconnaître une nouvelle notion : celle de l'hospitalo-requérence rendant impérative l'admission en Soins de Longue Durée. L'idée de base est que certains patients relèvent des EHPAD, d'autres des Soins de Longue Durée. Ces derniers devraient être redéfinis en fonction des ressources suivantes : la présence infirmière continue, l'interne de garde, un plateau technique à proximité immédiate. Les patients dépendants avec affections médicales stabilisées relèveraient des EHPAD.

3. Activité globale (prise en charge des soins et de la vie des résidents) : mission Marthe, ANGELIQUE, RAI (Resident Assessment Instrument) (note 21) (Henrard et coll. 2000)

G. Problèmes relationnels avec les autres services et institutions :

1. Il existe parmi les soignants une sensation de dévalorisation par rapport aux services hospitaliers de court séjour.

2. Les services d'hébergement et de soins sont parfois considérés comme des concurrents des soignants et des aidants naturels à domicile. Ainsi peut s'expliquer en partie l'insuffisante préparation à l'entrée en institution.

3. L'accès aux soins est-il bien garanti dans le système actuel de tarification ? Le remplissage complet et constant n'interdit-il pas l'entrée de patients qui auraient besoin de ces structures ?

Conclusion

Les Soins de Longue Durée tentent de répondre à un besoin avant tout médical et social : celui de la prise en charge globale de l'individu vieillissant polypathologique et dépendant pour les actes de la vie quotidienne. Cette prise en charge survient quand son séjour dans le lieu de son choix, généralement le domicile, n'est plus possible. Il ne suffira pas de redouter cette situation pour l'améliorer. Nous sommes tous des futurs "résidents" potentiels.


Notes

(1) Pour exemple, seulement 4 résidents sur 88 présents le 26 octobre 2000 à Albi avaient moins de 75 ans.

(2) Source : SESI, Informations Rapides, n°103, novembre 1998, Ministère de la Santé, accessible via Internet.

(3) Source : Etudes et résultats DREES n°74, juillet 2000, page 8, accessible par Internet (format Acrobat Reader) à l'adresse : http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er-pdf/er074.pdf

(4) Données sur la situation sanitaire et sociale en France, 1998, SESI, tableau 45. Documentation Française.

(5) http://www.sante.gouv.fr/adm/dagpb/bo/index.htm

(6) A titre de comparaison :

- il y avait 75777 lits de Psychiatrie en 1995.

- en 2000, on dénombre 97392 lits de SSR (soins de suite) répartis dans 1615 structures (source APM Reuters Paris, 9 août 2000).

(7) Source : SESI, informations rapides n°102, septembre 1998.

(8) Source : La clientèle des établissements d'hébergement pour personnes âgées. Enquête EHPA - situation au 31.12.1994. Bureau ST7 - Statistiques d'action sociale. Martine Neiss et Gilles Rouvera. Documents statistiques n°250, mars 1996

(9) Source : Les relations familiales et sociales des personnes âgées résidant en institution. DREES Direction de la Recherche, des Etudes, de l'Evaluation et des Statistiques, Ministère de l'Emploi et de la Solidarité, n°35, octobre 1999

(10) Source : SESI, informations rapides n°102, septembre 1998

(11) source : L'activité de l'ensemble des hôpitaux publics et privés PSPH. Situation au 30 septembre 1997. SESI. Informations rapides n°6 janvier 1998, page 2, graphique 2. Document consultable (format Acrobat Reader) sur Internet à l'adresse : http://www.sante.gouv.fr/drees/infores/irpr-pdf/pro6.pdf

(12) SROS 1999 sur Internet sur le site de l'ARH : http://www.arhmip.fr/

(13) SROS : Schéma Régional d'Organisation Sanitaire et Sociale de Midi-Pyrénées, 1993. Préfecture de la Région Midi-Pyrénées. Ministère des Affaires Sociales et de la ville. Direction Régionale et Interdépartementale de la Santé et de la Solidarité de Midi-Pyrénées. Juillet 1994.

(14) ARH Midi Pyrénées, rubrique "Des chiffres et des cartes" et sous-rubrique "L'hôpital à la carte" sur le site ARH

(15) Composition des personnels directement au contact de résidents :

-un médecin chef de service

-un cadre infirmier

-des infirmier(e)s

-des aide-soignantes

-des agents de service hospitaliers

-une kinésithérapeute

(16) Voir les résultats à l'adresse : http://geriatrie-albi.com/Kuntzmann95.html

(17) Les résultats de cette enquête figurent à l'adresse : http://geriatrie-albi.com/Repquestbene96.html.

(18) Documents écrits : Sunday Express, 2000

(19) SESI, informations rapides n°102, septembre 1998

(20) Voir à ce propos le congrès organisé par le Professeur Bruno Vellas.

(21) RAI. Méthode d'évaluation du résidant. Manuel de formation et guide d'utilisation. Diffusion pour la France : Fondation Nationale de Gérontologie. 49, rue Mirabeau. 75016 PARIS.


Bibliographie

Publications dans des revues :

Gold DT; Sloane PD; Mathew LJ; Bledsoe MM; Konanc DA. Special care units: a typology of care settings for memory-impaired older adults. Gerontologist, 31:467-75, 1991 Aug.

Henrard J.C., Cerase-Feurra V., Ankri J. Intérêt du Resident Assessment Instrument (RAI) pour l'évaluation de la qualité des soins de longue durée. La Revue de Gériatrie. Tome 25, n°4,  avril 2000, pp 231-42.

Katz S. Assessing self-maintenance : activities of daily living, mobility, and instrumental activities of daily living. J Am Geriatr Soc, 31(12):721-7 1983 Dec.

Pradines B (1). Evaluation de la douleur chez le sujet âgé dément.

Pradines B (2), Manteau R, Hamié W. Prise en compte de la douleur chez les personnes âgées : de multiples obstacles. Gériatries. Septembre/Octobre 1999, n° 16, pp 16-20.

Prévost P. Vuillemin C. Comparaison des structures hospitalières et médico-sociales au moyen de "PATHOS". La Revue de Gériatrie, tome 24, n°6, juin 1999, pp 457-68.

Sermet C.La pathologie des personnes âgées de 80 ans et plus en institution. Enquête nationale France 1987-1988 Juin 1992, CREDES.

Compte-rendu de congrès :

Delplanque Régine. Enquête sur les effectifs dans les secteurs d'hébergement. Toulouse, 5-6-7 octobre 1999. XXVI èmes journées nationales d'études des infirmiers généraux.

Documents écrits :

-Annuaire des statistiques sanitaires et sociales. Source : Ministère du Travail et des Affaires sociales. SESI. Documentation Française.

-CREDES : Evolution des déficiences et des soins aux personnes âgées en institution. France 1977-1988. Andrée MIZRAHI et Arié MIZRAHI, 1993.

-CREDES : La pathologie des personnes âgées de 80 ans et plus en institution. Enquête nationale France 1987-1988, C.SERMET, Juin 1992.

-"Le crépuscule de la raison". Jean Maisondieu. Bayard Editions, 1996.

-"Pour un art de vivre en Long Séjour" par Madame Elisabeth DECOURT et le Docteur Lucien MIAS. BAYARD Éditions 1993.

-Sunday Express. Long-term nursing costs can leave you feeling sick. July 23, 2000, p. 7.

Documents électroniques en français :

Sites Internet traitant des services de Soins de Longue Durée :

Statistiques en relation avec les services de Soins de Longue Durée :

-CREDES (Centre de Recherche, d'Etude et de Documentation en Economie de la Santé) : http://www.credes.fr

-Ministère français de la Santé : http://www.sante.gouv.fr

-ARH (Agence régionale de l'hospitalisation de Midi-Pyrénées) : http://www.arhmip.fr/

Site syndical gérontologique :

-Syndicat National de Gérontologie Clinique

Sites gérontologiques en relation avec les services de Soins de Longue Durée :

-Site du Docteur Lucien Mias (Aussillon) :

http://papidoc.chic-cm.fr/

-Site de l'auteur de ce texte :

http://www.geriatrie-albi.fr

 


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